Question 1 — Identification des taux directeurs
- Taux des opérations principales de refinancement (MRO, 2,15 %) — taux auquel la BCE refinance hebdomadairement les banques commerciales contre apport de garanties. C'est le coût normal de l'accès à la liquidité.
- Taux de la facilité de dépôt (2,00 %) — rémunère les liquidités que les banques placent à la BCE au jour le jour. C'est le taux pivot du marché monétaire : aucune banque ne prêtera à un taux inférieur à celui que lui offre la BCE sans risque.
- Taux de la facilité de prêt marginal (2,40 %) — taux d'urgence du refinancement au jour le jour, plafond du corridor.
L'écart entre les trois forme le « corridor de taux » qui borne les taux interbancaires (€STR principalement).
Question 2 — Pourquoi viser 2 % et non zéro ?
- Marge de sécurité contre la déflation. Une cible nulle exposerait à des chocs négatifs basculant l'économie en déflation, situation bien plus difficile à corriger qu'une inflation modérée (cf. Japon 1990-2010, trappe à liquidité).
- Lubrifiant des ajustements relatifs. Une inflation faible mais positive permet l'ajustement à la baisse des salaires réels sans toucher aux salaires nominaux — qui sont rigides à la baisse (Akerlof, Dickens, Perry, 1996).
- Ancrage des anticipations. Une cible explicite, communiquée depuis 1998 puis réaffirmée en juillet 2021 (« 2 % à moyen terme, symétrique »), stabilise les anticipations d'inflation et donc les négociations salariales.
Question 3 — Les quatre canaux de transmission
(i) Canal du taux d'intérêt. La hausse du taux directeur se répercute sur les taux interbancaires (€STR), puis sur les taux débiteurs aux ménages (crédit immobilier, consommation) et aux entreprises. Crédit plus cher → moins d'investissement et de consommation → demande globale qui ralentit → tension sur les prix qui s'apaise.
(ii) Canal du crédit. Au-delà du prix, le volume de crédit accordé peut diminuer : les banques resserrent leurs critères d'octroi, particulièrement aux PME et aux ménages les moins solvables (Bernanke et Gertler, 1995).
(iii) Canal des prix d'actifs. Une hausse de taux fait baisser les valorisations boursières et immobilières (taux d'actualisation plus élevé). L'effet de richesse négatif réduit la consommation des ménages détenteurs de patrimoine ; la baisse de la valeur des collatéraux durcit l'accès au crédit.
(iv) Canal du change. Une hausse des taux de la zone euro attire les capitaux internationaux à la recherche de rendement : l'euro s'apprécie. Les exportations deviennent moins compétitives, les importations meilleur marché — donc l'inflation importée recule (effet visé).
Question 4 — Le dilemme de la BCE et le risque de stagflation
Les données mettent en lumière une combinaison défavorable :
- L'inflation accélère (2,2 % → 3,0 % en un an), au-dessus de la cible. Les manuels enseignent qu'une banque centrale doit alors remonter ses taux.
- La croissance ralentit (+1,3 % → +0,8 % en un an), proche de la stagnation. Les mêmes manuels enseignent qu'une banque centrale doit alors baisser ses taux pour soutenir l'activité.
La BCE est prise dans un arbitrage canonique que sa cible unique de stabilité des prix tranche en théorie en faveur de la lutte contre l'inflation — mais en pratique, le coût en croissance et en emploi est tel qu'elle préfère temporiser.
Le terme de stagflation (forgé dans les années 1970) désigne précisément cette situation rare où inflation et stagnation coexistent — typiquement provoquée par un choc d'offre négatif (énergie, matières premières) qui déprime la production tout en poussant les prix à la hausse. Le conflit au Moyen-Orient en 2026 est le déclencheur évoqué dans le document 1.
Question 5 — Argumenter une décision
Aucune réponse n'est « la bonne ». Voici les deux meilleures argumentations possibles.
Position « remonter dès juin » (orthodoxie monétariste). Le mandat de la BCE est la stabilité des prix. À 3 %, l'inflation est nettement au-dessus de la cible et menace de désancrer les anticipations (effets de second tour : hausses de salaires qui alimentent à leur tour l'inflation). Tarder, c'est devoir agir plus brutalement plus tard — et perdre en crédibilité.
Position « temporiser » (orthodoxie keynésienne tempérée). L'inflation est tirée par un choc d'offre exogène (énergie). Une hausse de taux n'a pas d'effet direct sur les prix de l'énergie ; elle ne ferait qu'aggraver la stagnation. Mieux vaut attendre la dissipation du choc et préserver l'activité — la cible est définie « à moyen terme », ce qui autorise la patience.
Ce qui compte : avoir choisi un camp et l'avoir défendu avec un argument économique, non un avis personnel.
Question 1 — Définition du multiplicateur
Le multiplicateur budgétaire $k$ mesure le rapport entre la variation du PIB et la variation autonome de dépense publique qui l'a déclenchée : $k = \Delta Y / \Delta G$. Il est habituellement supérieur à 1 parce que la dépense initiale distribue des revenus aux agents privés, qui les consomment partiellement (selon $c$), générant ainsi une nouvelle distribution de revenus, et ainsi de suite — c'est le mécanisme en cascade décrit par Keynes (1936) et formalisé par Kahn (1931).
Question 2 — Multiplicateur élémentaire
Une économie fermée sans impôts amplifie une dépense publique d'un facteur 4 : 100 € injectés génèrent 400 € de PIB additionnel.
Question 3 — Multiplicateur ouvert
L'écart est massif : de 4 à 1,14. Deux fuites réduisent l'effet : (i) la fiscalité, qui prélève une partie du revenu distribué avant qu'il ne soit consommé ; (ii) les importations, qui exportent une partie du pouvoir d'achat hors du circuit national. La forte ouverture commerciale française (≈ 30 % d'imports/PIB) et son taux élevé de prélèvements obligatoires (43,6 %) diluent sensiblement le multiplicateur. C'est un argument souvent mobilisé contre les politiques de relance unilatérales en zone euro : une relance allemande bénéficie aux exportateurs français, et réciproquement.
Question 4 — PIB additionnel annuel
54 Md€ sur 10 ans = 5,4 Md€/an de dépense publique additionnelle.
PIB additionnel annuel ≈ $5{,}4 \times 1{,}14 \approx \mathbf{6{,}2~\text{Md€}}$.
Soit, rapporté au PIB français de 2 990 Md€, environ 0,21 % du PIB par an. Effet macroéconomique modeste à l'échelle nationale, mais significatif pour les filières concernées.
Question 5 — Discussion empirique
Cas où l'effet sera plus élevé que 1,14.
- Phase de récession ou stagnation (proche de la situation française 2025-2026 avec une croissance à 0,9 %). Auerbach et Gorodnichenko (2012) estiment que le multiplicateur peut alors atteindre 2 à 2,5 — quand les capacités productives sont sous-utilisées, la dépense publique mobilise des ressources oisives.
- Taux d'intérêt bas (proche du plancher). Le risque d'éviction est nul, la politique monétaire ne contrecarre pas la politique budgétaire (Christiano, Eichenbaum, Rebelo, 2011).
- Nature de la dépense : France 2030 finance majoritairement de l'investissement productif, qui a un multiplicateur structurellement plus élevé que les transferts ou les baisses d'impôts. Et il accroît la productivité future — donc la croissance potentielle.
Cas où l'effet sera plus faible.
- Effet d'éviction si la BCE remonte ses taux pour contenir l'inflation. Les entreprises privées réduisent leur investissement ; l'effet net sur l'activité est diminué.
- Équivalence ricardienne partielle : anticipant les impôts futurs, les ménages épargnent une partie du supplément de revenu plutôt que de le consommer (Barro, 1974).
- Fuites par les importations : l'achat de semi-conducteurs ou de cellules de batteries reste très internationalisé. Une part substantielle des 54 Md€ pourrait financer en réalité des fournisseurs étrangers — ce que les paramètres du document 2 traduisent par $m = 0{,}30$.
Question 1 — Distinction terminologique
- Déficit budgétaire : solde négatif du seul budget de l'État central. Pour 2025, environ 124,7 Md€ (solde d'exécution).
- Déficit public : solde négatif des administrations publiques consolidées (État + APUL + Sécurité sociale + ODAC), au sens du traité de Maastricht. 152,5 Md€, soit 5,1 % du PIB en 2025.
- Dette publique : stock cumulé des emprunts non remboursés, au sens de Maastricht. 3 460,5 Md€, soit 115,6 % du PIB fin 2025.
- Charge de la dette : intérêts annuels payés sur le stock de dette. Environ 60 à 65 Md€ en 2025 (≈ 2 % du PIB), poste budgétaire en forte croissance avec la remontée des taux.
La confusion la plus fréquente — déficit ≠ dette — est précisément celle qu'il faut savoir éviter : le déficit est un flux annuel, la dette est un stock cumulé.
Question 2 — Calcul de l'effet « boule de neige » inversé
Soit environ −0,56 % du PIB. Économiquement, cela signifie que la croissance fait plus que compenser le coût des intérêts : à elle seule, et toutes choses égales par ailleurs, la mécanique aurait réduit la dette de 0,56 point de PIB en 2025.
C'est le régime dit « $r < g$ » qui a prévalu durant une grande partie de la décennie 2010-2021 et qui rend la dette plus tolérable qu'on ne l'imagine au premier coup d'œil.
Question 3 — Le paradoxe Domar / déficit observé
Apparente contradiction : $(r-g) < 0$ devrait alléger la dette, et pourtant la dette continue de monter. La résolution tient en une distinction comptable :
- Le mécanisme de Domar agit sur le solde primaire (hors intérêts).
- La France affiche un déficit primaire de l'ordre de 3 % du PIB en 2025 (déficit global 5,1 % − charge d'intérêts ≈ 2 % = solde primaire ≈ −3 %).
- Bilan : la croissance érode la dette de 0,56 pt (effet $r-g$), mais le déficit primaire l'alourdit de 3 pts. Solde net : la dette progresse d'environ 2 à 3 pts de PIB par an. Cohérent avec l'évolution observée (+3 pts en 2025).
Pour stabiliser le ratio dette/PIB à 115 % avec ces paramètres, la France devrait afficher un solde primaire d'environ −0,56 % du PIB. Pour le réduire, un excédent primaire est nécessaire.
Question 4 — Contraintes du PSC réformé
- Seuils maintenus : déficit ≤ 3 % du PIB, dette ≤ 60 % du PIB. La France est en infraction sur les deux et fait l'objet d'une procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024.
- Réduction de la dette : au moins 1 % du PIB par an (pour les pays dont la dette dépasse 90 % du PIB) — la France est très au-dessus de ce seuil.
- Ajustement structurel de 0,6 point de PIB par an imposé par le PSMT 2025-2029.
- Trajectoire crédible : retour sous 3 % de déficit d'ici 2029.
Sont-elles atteignables ? Sceptiquement : passer de 5,1 % à moins de 3 % en quatre ans suppose un ajustement annuel d'environ 0,55 point de PIB, conforme à l'exigence — mais qui n'a presque jamais été tenu sur une telle durée hors période de forte croissance. Les facteurs de risque sont multiples : instabilité politique (alternance, censure), choc géopolitique (énergie, défense), ralentissement de la croissance. La trajectoire est plausible mais peu robuste.
Question 5 — Lecture libérale vs. lecture keynésienne
Lecture libérale (orthodoxie monétariste). La situation française est structurellement insoutenable. La dépense publique à 57,2 % du PIB est un record en zone euro ; les prélèvements obligatoires à 43,6 % pèsent sur la compétitivité et l'incitation à travailler. La priorité est la réduction de la dépense publique, qui restaurerait la confiance des marchés, libérerait l'épargne pour l'investissement privé (fin de l'éviction), et rétablirait des marges fiscales pour des baisses d'impôts pro-croissance. Tout report d'ajustement aggrave la dette future et accroît le risque d'une crise de refinancement (élargissement du spread).
Lecture keynésienne. Avec une croissance à 0,9 % et un chômage en hausse à 7,9 %, l'économie française se trouve en situation d'output gap négatif. Comprimer la dépense publique aujourd'hui produirait une récession (multiplicateur élevé en bas de cycle), ce qui aggraverait mécaniquement le ratio dette/PIB par chute du dénominateur — la fameuse « austérité auto-défaitiste » (Blanchard, Leigh, 2013). La priorité est l'investissement public stratégique (transition écologique, défense, capital humain), qui élève la croissance potentielle, ce qui relâche progressivement la contrainte budgétaire via l'effet $g$ de Domar.
Désaccord irréductible. Sur la valeur du multiplicateur. Si on croit que $k \approx 0$ (équivalence ricardienne), la rigueur ne nuit pas à l'activité ; si on croit que $k \approx 2$ (récession), elle la détruit. Aucune donnée empirique ne tranche définitivement. Le débat porte aussi sur la vitesse d'ajustement souhaitable.
Question 1 — Définition BIT
Au sens du Bureau international du travail, est chômeuse toute personne âgée de 15 ans ou plus qui : (i) n'a pas travaillé durant la semaine de référence ; (ii) est disponible pour travailler dans les deux semaines à venir ; (iii) a effectué une démarche active de recherche d'emploi dans les quatre dernières semaines (ou a trouvé un emploi qui commence dans les trois mois).
Cette définition est statistique, mesurée par enquête trimestrielle (enquête Emploi de l'INSEE). Elle diffère de l'inscription à France Travail, qui est une mesure administrative et inclut les personnes en activité réduite (catégories B et C), en formation (D), ou avec un contrat différé (E). Au T1 2026, France Travail compte environ 5,7 millions d'inscrits en catégories A-B-C, contre 2,5 millions de chômeurs BIT au T4 2025 : l'écart de 3,2 millions traduit principalement les inscrits en activité réduite.
L'enjeu : les comparaisons internationales se font sur la définition BIT (harmonisée par Eurostat). Confondre les deux mesures conduit à des erreurs de diagnostic.
Question 2 — Spécificité française
Constat 1 — par rapport au passé : retournement net depuis le point bas du T1 2023 (7,1 %). Le taux remonte de 0,8 point en deux ans pour atteindre son plus haut niveau depuis l'été 2021. La cause identifiée est asymétrique : ce n'est pas la destruction d'emplois (l'emploi continue de croître à +25 000 postes) mais le ralentissement marqué des créations qui pose problème, alors que la population active progresse vivement (+249 000).
Constat 2 — par rapport aux autres pays : la France apparaît dans la moitié haute de l'UE, nettement au-dessus de la moyenne zone euro (6,2 %) et bien au-dessus de l'Allemagne (3,9 %) ou des Pays-Bas (3,7 %). L'écart est particulièrement frappant sur le chômage des jeunes : ≈ 19 % en France contre 6,7 % en Allemagne — soit près du triple.
Le mot « singulier » est partiellement justifié : il existe une persistance française d'un chômage structurel élevé, particulièrement chez les jeunes, qu'aucune réforme n'a fait disparaître depuis quarante ans. Mais il faut nuancer : l'Italie et l'Espagne sont dans une situation comparable ou pire — le problème est partagé par les économies du sud de la zone euro.
Question 3 — Typologie des chômages
- Chômage conjoncturel (keynésien). Insuffisance temporaire de demande globale. Instrument : politique conjoncturelle de soutien (relance budgétaire ciblée, baisse des taux directeurs).
- Chômage structurel (frictionnel et institutionnel). Lié au fonctionnement même du marché du travail : inadéquation des qualifications, rigidités contractuelles, niveau et durée de l'indemnisation, salaire minimum, fiscalité du travail. Instrument : politique structurelle (formation, réforme de l'assurance chômage, allègements de cotisations sur les bas salaires, réforme des contrats).
- Chômage classique. Résulte d'un coût du travail durablement supérieur à sa productivité marginale (salaires trop élevés relativement à la productivité). Instrument : modération salariale, baisse des cotisations employeurs, gains de productivité.
Question 4 — L'hystérèse
Friedman (1968) postule que le NAIRU est un paramètre exogène : la politique conjoncturelle n'a aucun effet durable sur le chômage de long terme. Blanchard et Summers (1986) introduisent le mécanisme d'hystérèse qui rend ce paramètre endogène : lorsqu'une récession est laissée sans traitement, les chômeurs longue durée perdent compétences et réseaux, leur employabilité se dégrade, et ils basculent du chômage conjoncturel vers le chômage structurel.
Conséquence majeure : une politique conjoncturelle qui empêche la transformation des chômeurs courts en chômeurs longs a aussi un effet structurel positif. La distinction Friedman entre les deux types d'instruments perd de sa netteté ; les politiques deviennent partiellement complémentaires et non substituables.
Question 5 — Synthèse argumentée (proposition de plan)
Une excellente copie procédera en trois temps.
(i) Position du diagnostic. La hausse du chômage 2025-2026 paraît plutôt conjoncturelle à court terme : ralentissement de l'emploi consécutif au tassement de la croissance (0,9 % en 2025, ≈ 0,8 % prévu en 2026), choc géopolitique sur l'énergie, BCE qui hésite à baisser ses taux. Le rebond rapide de la part des jeunes (+2,4 pts en un trimestre) est typique d'un retournement de cycle. Mais il s'inscrit dans un contexte structurel persistant : la France n'est jamais descendue sous 7 % depuis 1983, et son chômage des jeunes (≈ 19 %) est trois fois supérieur à celui de l'Allemagne. Le diagnostic est donc mixte.
(ii) Argumentation. Friedman (doc. 3) plaiderait pour une réforme structurelle (assurance chômage, formation professionnelle, apprentissage à l'allemande). Le keynésien plaiderait pour préserver la demande pour éviter la dégradation des employabilités. Blanchard-Summers (doc. 4) montrent que ces deux logiques sont complémentaires plus qu'opposées dans le contexte d'hystérèse qui caractérise précisément la France depuis quatre décennies.
(iii) Position personnelle argumentée. Trois pistes raisonnables :
- Position « structurelle d'abord » : l'écart durable avec l'Allemagne est trop massif pour être conjoncturel. Réformer l'apprentissage, l'assurance chômage, et la fiscalité des bas salaires.
- Position « conjoncturelle d'abord » : dans une économie en stagnation, comprimer la demande aggrave la dégradation. Soutenir l'investissement public (France 2030) le temps de la reprise.
- Position « mixte » (Blanchard-Summers) : les deux à la fois. Investissement public ciblé sur le capital humain (formation, apprentissage) ; réforme progressive du marché du travail évitant les chocs récessifs.
L'essentiel n'est pas la position retenue, mais sa cohérence interne et son ancrage théorique explicite.
Question 1 — Les trois sommets du triangle
- Change fixe. La monnaie est arrimée à une autre référence (ou monnaie commune) à parité fixe. Exemple : système de Bretton Woods (1944-1971), currency boards contemporains (Hong Kong avec le dollar), ou union monétaire (zone euro depuis 1999).
- Mobilité des capitaux. Liberté de circulation des capitaux entre la zone et le reste du monde. Exemple : tous les pays développés depuis les années 1980-1990 (libéralisation financière généralisée à partir de 1986 en France).
- Politique monétaire autonome. Capacité de la banque centrale nationale de fixer ses propres taux directeurs. Exemple : États-Unis (Fed), Royaume-Uni (BoE), Japon (BoJ) — qui combinent autonomie monétaire et change flottant.
Combinaisons effectives observables :
- (i) + (ii) = zone euro [renoncement à l'autonomie monétaire nationale]
- (ii) + (iii) = US, UK, Japon [renoncement au change fixe]
- (i) + (iii) = Chine pré-2010 [renoncement à la mobilité des capitaux]
Question 2 — Les instruments dont Helvétia ne dispose pas
- La dévaluation de sa monnaie. L'euro est une monnaie unique ; Helvétia ne peut pas déprécier son taux de change vis-à-vis de ses partenaires de la zone euro pour regagner en compétitivité-prix.
- La fixation de ses taux directeurs. Cette compétence est exercée par la BCE pour l'ensemble de la zone ; Helvétia ne peut pas baisser unilatéralement ses taux pour stimuler son économie.
- La création monétaire. Helvétia ne peut pas « monétiser » son déficit public en faisant racheter ses titres par sa banque centrale (interdiction de l'article 123 TFUE ; rachats par la BCE seulement, sur le marché secondaire et selon ses propres critères).
Trois renoncements articulés : ce sont les conséquences pratiques du choix (i) + (ii) du triangle de Mundell.
Question 3 — Si Helvétia avait gardé sa monnaie
- Dépréciation spontanée du change. En change flottant, le choc négatif sur le tourisme aurait fait fuir les capitaux, dépréciant la monnaie helvète. Cette dépréciation aurait automatiquement renchéri les importations et abaissé les prix des exportations en devises étrangères : les touristes étrangers seraient revenus, attirés par un séjour devenu meilleur marché. Mécanisme classique de rééquilibrage par le change.
- Politique monétaire expansionniste. La banque centrale helvète aurait pu baisser ses taux directeurs vivement, soutenant le crédit aux entreprises touristiques en difficulté.
- Dévaluation volontaire. Si le change avait été fixe, Helvétia aurait pu dévaluer formellement (comme la France en 1981, 1982, 1983). Cela revient à dépréciation forcée mais rapide.
- Monétisation du déficit budgétaire. En l'absence d'union monétaire, la banque centrale aurait pu acheter des titres publics directement, finançant le soutien au tourisme sans hausse du spread.
Trois mécanismes sur quatre suffisent pour la pleine note.
Question 4 — Les canaux d'absorption en zone euro
- (i) Stabilisateurs automatiques nationaux. En récession, les rentrées fiscales chutent et les dépenses sociales (chômage, RSA) augmentent — soutenant la demande sans intervention nouvelle. Effet quantitativement significatif : estimé à 0,3-0,5 point de PIB d'effet stabilisateur par point de récession dans les économies européennes.
- (ii) Mobilité du travail intra-zone. Les travailleurs helvètes sans emploi peuvent en théorie migrer vers d'autres pays de la zone euro. En pratique, freinée par la langue et le logement, mais opérante (cf. Polonais en UK 2004-2020, Espagnols en Allemagne post-2010).
- (iii) BCE — instruments non conventionnels. Le programme TPI (Transmission Protection Instrument, 2022) permet à la BCE d'acheter de manière ciblée la dette d'un État dont le spread s'écarte injustement du fondamental — précisément la situation décrite. Le SMP, l'OMT (Draghi 2012) et le PEPP (2020) sont d'autres exemples.
- (iv) Mutualisation budgétaire — NextGenerationEU (2020). Premier endettement commun de l'UE (750 Md€), conditionné à des plans de réformes nationaux, alloué selon des critères de besoin. Mécanisme de transfert intra-zone, désormais permanent dans son principe.
- (v) MES (Mécanisme européen de stabilité, 2012). Capacité de prêt jusqu'à 500 Md€ aux États en difficulté, sous conditionnalité macroéconomique stricte (programme d'ajustement).
- (vi) Dépréciation interne. Faute de pouvoir dévaluer la monnaie, Helvétia peut « dévaluer » en interne par baisse des coûts (salaires, prix). Mécanisme lent, socialement coûteux, et générateur d'hystérèse — mais c'est ce qu'a fait la Grèce après 2010.
Question 5 — Critères d'optimalité d'une zone monétaire
Mundell (1961) puis McKinnon (1963), Kenen (1969) ont proposé plusieurs critères. Une zone monétaire est d'autant plus optimale que :
- (i) Mobilité des facteurs (notamment du travail) entre les pays. Permet l'absorption des chocs asymétriques par migration. Zone euro : très partiellement satisfait — barrières linguistiques, culturelles, institutionnelles.
- (ii) Diversification productive des économies. Plus une économie est diversifiée, moins elle est exposée aux chocs sectoriels asymétriques. Zone euro : partiellement satisfait — l'économie d'Helvétia (35 % tourisme) est précisément un contre-exemple.
- (iii) Mécanismes budgétaires de transfert. Existence d'un budget fédéral capable de transférer des ressources des régions prospères vers les régions en difficulté. Zone euro : très peu satisfait historiquement — budget UE ≈ 1 % du PIB, mais NGEU 2020 marque un début de mutualisation.
- (iv) Synchronisation des cycles économiques. Plus les cycles sont synchrones, moins les chocs sont asymétriques, et plus une politique monétaire commune est adaptée. Zone euro : imparfaitement satisfait.
- (v) Flexibilité des prix et salaires. Permet l'ajustement par les prix relatifs en l'absence d'ajustement par le change. Zone euro : peu satisfait.
La zone euro est unanimement considérée comme une zone monétaire sous-optimale. C'est précisément pourquoi le débat sur l'approfondissement budgétaire et social est permanent depuis sa création.
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